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Un conte qui suscite la tolérance et l’intégration…
Accueillir chez soi des araignées ? Ah non merci ! Pour qu’elles tissent leur
toile partout et donnent un air d’abandon au lieu… C’est non !
Telle est la décision d’une vieille cabane du fond des bois.
Un choix qui va être heureusement dépassé…

Toiles d’araignées
dessin conte pour enfants
Il était une fois un
cabanon perdu dans la forêt. Depuis plusieurs années, on ne lui avait pas vu de
propriétaire, ni bûcheron, ni chasseur, ni même enfants, heureux de jouer dans
cette cabane toute prête… Sans personne pour l’habiter, le pauvre s’abîmait.
Là, des planches qui sautaient, ici le toit qui s’affaissait, là encore le
plancher qui s’effondrait… Le temps qui passait lui enlevait son panache de joli
cabanon de la forêt. Bientôt, son bois allait devenir aussi moussu que celui de
ces vieux troncs d’arbres, enracinés depuis plusieurs générations.
-« Snif ! Je suis abandonné ! N’y a-t-il donc plus personne qui ne veuille de
moi ? » gémit-il à l’envi, en faisant craquer ses planches lugubrement au fond
des bois.
Hélas, personne ne lui répondit.
-« Quelle misère ! Je vais dépérir là, tout seul, avec cette humidité qui me
transperce les planches… Moi qui aime tant la compagnie, c’est injuste… » se
désola-t-il.
Tout à coup, il entendit un petit bruit.
-« Toc toc toc ! »
Mais c’était si faible qu’il crut qu’il entendait des voix.
-« Voilà que je prends mes désirs pour la réalité… Si maintenant, en plus, je
travaille du nœud, ça ne va plus aller du tout… » geint-il.
Mais à nouveau :
-« Toc toc toc ! »
Puis :
-« Toc toc toc ! Il y a quelqu’un là-dedans ? »
Youpi ! Chouette ! Un nouvel arrivant était là ! Il était sauvé ! De joie, il
ouvrit grand sa porte, mais… Personne en vue. Pourtant, il avait bien entendu,
il en était sûr.
-« Hé ho ! Où êtes-vous ? Je suis ouvert, vous pouvez entrer… Bienvenue à vous !
» lança-t-il, joyeusement.
-« Merci, pouvons-nous nous installer ? » lui répondit-on.
-« Heu oui… Bien sûr… Je vous en prie, faîtes comme chez vous ! » invita-t-il,
sans voir à qui il s’adressait. Ses invités joueraient-ils à cache-cache ?
-« Tiens, vas-y, prends ce coin-là ! Moi, je m’installe là, près de la table.
Qui sait ? Peut-être reste-t-il encore quelques miettes à manger… »
Bizarre… Le cabanon ne voyait aucune présence, et pourtant, on venait de prendre
possession de ses lieux. Ses hôtes seraient-ils invisibles ?
-« Heu… Veuillez m’excuser, je dois avoir des problèmes de vision, mais… Hum-hum,
je ne vous vois pas… » demanda timidement, le cabanon.
-« Nous sommes là, sur ton plancher… Nous n’avons pas encore arpenté tes murs,
mais ne t’inquiète pas, ça ne devrait pas tarder… »
Le cabanon scruta son sol. Pas la moindre semelle qui trainait par terre… Quand
soudain, il aperçut une petite bête qui lui faisait des signes de ses huit pattes.
Horreur ! Une araignée ! Il regarda plus en détail, et en vit d’autres, plein
d’autres, qui grouillaient sur son parterre.
-« Ah non ! Je ne vous veux pas ! Vous allez donner un air encore plus délabré
avec vos toiles pendantes. Ouste ! Dehors ! Pas de ça chez moi ! »
-« Mais voyons, calme-toi, nous ne te voulons pas de mal ! Et puis, c’est toi
qui nous a invitées à entrer, même que tu nous a souhaité la bienvenue… »
-« C’est parce que je ne vous avais pas vu. Là, ça change tout ! »
-« Quoi, c’est notre tête qui ne te revient pas ? On croyait que tu t’ennuyais
tout seul… »
-« Oui, c’est vrai. Mais pas au point de souhaiter l’arrivée d’êtres comme vous…
Vous allez me couvrir de vilaines toiles grises dans les coins… »
-« Ecoute, laisse-nous une chance : deux jours seulement, et si, passé ce délai,
tu ne veux plus de nous, nous partirons…. Promis, juré, craché ! » dirent les
araignées, chacune présentant une patte pour prêter serment.
-« Croix de bois, croix de perpète, si nous mentons, rendez-vous aux toilettes !
»
-« Bon d’accord, je vous laisse une chance, mais à condition que vous nettoyez
tout avant de partir, même le plus petit fil… »
-« Ce que tu peux être exigeant… Bien sûr que nous te laisserons tel que nous
t’avons trouvé… »
Aussitôt après, les araignées se mirent au travail. Elles commencèrent par
tisser des liens entre les planches qui menaçaient de s’effondrer. Ainsi
consolidées, elles ne risquaient plus rien.
Puis, elles filèrent un coton épongeur d’humidité, qui enleva toutes les
moisissures et assécha les lieux. Enfin, elles tricotèrent d’immenses toiles,
qui curieusement, n’étaient pas de couleur grise.
Là, celle-ci, orange et blanche à damier, habilla avantageusement son petit
fenestron d’un joli rideau. Ici, une autre, épaisse et chaude vint se poser
contre la porte, histoire de bien l’isoler du froid. Et là, encore une dentelle
finement ouvragée couvrit sa paillasse, transformant celle-ci en un joli lit
avenant.
L’intérieur du cabanon était métamorphosé. Mais l’heure du délai approchait. Les
araignées artistes se mirent au travail. Un chevalet dans une patte, une palette
dans une autre, des pinceaux dans les restantes, elles peignaient les toiles
vierges fabriquées par leurs consœurs. Quels chefs d’œuvre ! Chacun trouva sa
place sur les murs du cabanon.
-« Voilà, c’est fini, le délai des deux jours vient de se terminer… Alors, qu’en
penses-tu, ami cabanon ? »
-« J’en pense… » commença celui-ci d’un ton monocorde, « j’en pense…que c’est
extraordinaire ! Jamais, on ne s’était occupé de moi aussi bien que vous ! Je
suis très heureux de vous accueillir… Soyez les bienvenues ! »
Et voici comment un cabanon perdu pour les hommes, devint un merveilleux refuge
pour les araignées, qui en firent un haut lieu d’exposition de leurs toiles de
maître, pour les animaux de la forêt.
Créé le 13 avril 2008 par Valérie Bonenfant
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